Hommage à Erik Bulatov (1933-2025)

24.01.2026
Erk Bulatov à Moscou, 1900. Photo © Igor Mukhin

À la galerie Skopia, à Genève, se tient une exposition hommage à un grand artiste russe. Ne la manquez pas !

Erik Vladimirovitch Bulatov, l’un des réformateurs de la peinture en général et, plus particulièrement, de l’art soviétique dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, est décédé le 9 novembre 2025 dans le XVIIIᵉ arrondissement de Paris, à l’âge de 92 ans. Malgré ce chiffre impressionnant, il est resté, dans la mémoire de tous ceux qui l’ont connu, jeune d’esprit et non-conformiste éternel. Ses œuvres, quant à elles, sont conservées dans les plus importantes collections publiques et privées de Russie, d’Europe et des États-Unis. Elles ne sont pas si nombreuses : environ trois cents.

Le début de sa vie est typique de sa génération. Son père, Vladimir Borissovitch Boulatov, membre du Parti bolchevique depuis 1918, est mort au front de la Deuxième guerre mondiale le 7 juillet 1944. Sa mère, Raïssa Pavlovna Schwartz, originaire de Białystok, a émigré illégalement en URSS à l’âge de quinze ans et, peu après, a miraculeusement réussi à trouver un emploi de sténographe, bien qu’à son arrivée elle ne parlât pas russe, ne maîtrisant que le yiddish et le polonais. Avant la guerre, la famille vivait à Moscou, où la mère travaillait comme sténographe au Commissariat du peuple aux Communications de l’URSS (et, après la guerre, au sein du Collège des avocats de Moscou) ; elle s’occupait aussi de la dactylographie du samizdat. Elle a survécu à son mari de quarante ans. Je me souviens à quel point la formule concise d’Erik Bulatov, décrivant la relation de ses parents, m’avait frappée : « Ma mère était opposée à la ligne générale du parti, opposée à tout pouvoir, c’était une conscience typique de l’intelligentsia russe. Elle aurait donc dû être aussi contre mon père ; leurs points de vue étaient, à bien des égards, opposés, mais ils s’aimaient profondément. » Combien de familles sont aujourd’hui confrontées à une telle fracture intérieure !

Il se trouve qu’Erik Bulatov doit beaucoup à la Suisse : c’est ici même, à Zurich, qu’a eu lieu sa première exposition personnelle, alors qu’il n’osait plus l’espérer. Pendant de nombreuses années, il a collaboré avec la galerie Skopia à Genève et a entretenu avec elle une relation d’amitié. Son propriétaire, Pierre-Henri Jaccaud, a organisé une exposition hommage au Grand Artiste, qui se tiendra jusqu’au 28 février. Toutes les œuvres présentées ont depuis longtemps été vendues et se trouvent dans des collections privées ; les voir constitue donc une occasion unique, que je vous recommande très sincèrement de ne pas manquer.

C’est précisément dans cette galerie que j’ai eu la chance de rencontrer Erik Vladimirovitch en 2016 et de réaliser une interview qui, à mon sens, n’a rien perdu de son actualité. La voici. 

Commentaires ()

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rachel babecoff janvier 24, 2026

Merci pour ces articles et ce nouveau blog tout à fait passionnant. C'est un véritable plaisir de le lire et j'apprends beaucoup de choses. Merci beaucoup.
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Sikorsky janvier 24, 2026

Je suis ravie, chère Rachel! Merci de me lire :)
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A propos de l’auteur

Nadia Sikorsky

Nadia Sikorsky est née et a grandi à Moscou. Diplômée de la faculté de journalisme de l’Université d’État de Moscou, elle y a également poursuivi des études doctorales et obtenu un doctorat en histoire. Elle a travaillé pendant 13 ans à l’UNESCO, d’abord à Paris, puis à Genève. Après avoir occupé le poste de directrice de la communication de la Croix-Verte internationale, fondée par Mikhaïl Gorbatchev, elle crée en 2007 NashaGazeta.ch, le premier quotidien russophone en ligne de Suisse.

En 2022, Nadia Sikorsky a rejoint le Forum des 100 du Temps, qui réunit des personnalités ayant, selon la rédaction, « sensiblement contribué au succès de la Suisse romande », issues de la vie publique, économique, politique, scientifique et culturelle.

Après 18 ans à la tête de NashaGazeta.ch, Nadia Sikorsky a décidé de se consacrer à ce qui a toujours occupé une place particulière dans son travail de journaliste : la culture dans toute sa diversité. C’est ainsi qu’est né « L’Accent russe », un blog culturel trilingue en russe, français et anglais, au cœur de l’Europe, en Suisse, devenue sa seconde patrie et dont le multiculturalisme et le multilinguisme ont contribué à façonner le caractère de ce nouveau projet.

Au cœur du projet se trouve le regard d’une Européenne d’origine russe, forte de plus de 35 ans d’expérience professionnelle et d’une connaissance approfondie des deux traditions culturelles. Nadia Sikorsky conçoit son rôle comme celui d’une médiatrice entre ces deux cultures. Le titre du blog, « L’Accent russe », reflète cette idée : l’accent n’est ici ni une barrière linguistique ni un positionnement politique, mais une empreinte culturelle singulière dans le contexte européen.

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