L’accent russe | Le blog de Nadia Sikorsky
Il y a quelques semaines le monde littéraire de la Suisse Romande se trouvait dans un rare état d’agitation. On attendait l’arrivée de Giuliano da Empoli, dont le roman « Le Mage du Kremlin », paru chez Gallimard en avril 2022, venait de recevoir le Prix de l’Académie française et figurait sur la short list du Prix Goncourt.
La publication, en français et en russe, de mon texte « Dissidents, déserteurs, profiteurs » a provoqué une vive discussion sur le site du Temps (et je vous en remercie) et un silence radio dans Nasha Gazeta (que j’ai préféré à la crucifixion à laquelle je m’attendais).
Que va faire la Suisse avec les Russes qui fuient leur pays pour échapper à la guerre déclenchée par ce dernier et qui risquent de demander asile sur le territoire helvétique ? J’ai posé cette question à Mme Karin Keller-Sutter, notre ministre de la Justice, lors du Forum des 100 organisé par Le Temps le 11 octobre. Mme la Ministre m’a donné une réponse formelle en confirmant que, selon la législation suisse, le fait d’être déserteur ne donne pas automatiquement le droit à l’asile, et que les 160 personnes en question à ce jour (selon le SEM) devraient suivre la procédure normale.
L’Internat, roman de l’écrivain ukrainien Serhiy Jadan (éd. Noir sur Blanc, traduit de l’ukrainien par Iryna Dmytrychyn), est disponible dès aujourd’hui dans les librairies suisses et françaises. J’aime présenter les livres des écrivains contemporains sous la forme d’interview avec l’auteur, ce qui permet non seulement de comparer mon impression de lectrice avec la position de l’écrivain, mais aussi de mieux révéler sa personnalité.
Au moment de toutes les ruptures, j’organise un événement qui a pour but de soutenir des jeunes musiciens déplacés en Suisse par la guerre. Son titre est « Musique. Tout simplement ». J’aime les titres simples, avec lesquels tout le monde se sent à l’aise.
Cette image avec un slogan bouleversant est apparue mercredi, peu après l’annonce par le président Poutine d’une « mobilisation partielle ». J’espérais pouvoir en parler le jour même sur le plateau de la RTS, mais l’image n’était pas d’assez bonne résolution, le délai était trop court et il n’y a avait pas assez de temps pour en parler à l’antenne. Il n’y a jamais assez de temps à la télévision ! Alors je me rattrape ici.
Cette question sacrilège, je l’ai posée à Korine Amacher, professeure d’histoire russe et soviétique à l’Université de Genève, l’une des trois rédacteurs de « Histoire partagée, mémoires divisées. Ukraine, Russie, Pologne ». Ce recueil d’articles d’une vingtaine d’historiens de différents pays est le résultat tangible d’une sérié de colloques sur l’histoire de l’Europe de l’Est organisé par l’UNIGE depuis 2014 et financé par le FNS. J’avoue que je m’attendais à une succession de textes « scientifiques », que j’imaginais ennuyeux. Pas du tout !
Il y a quelques semaines, en vacances dans l’Amérique profonde, je reçois un message m’annonçant, que, à ma plus grande surprise, je me trouve cette année parmi ceux qui, selon la rédaction du Temps, ont « sensiblement contribué au succès de la Suisse romande », parmi « les faiseurs d’opinion et leaders économiques, politiques, scientifiques et culturels ».
C’est ainsi qu’il restera dans ma mémoire : jeune et souriant. Oui, jeune, car au moment d’être élu Secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique, le 11 mars 1985, il n’avait que 54 ans. Et oui, souriant, chose rare dans mon pays. Surtout parmi ceux qui se trouvent sur la tribune du mausolée de Lénine.
Le roman Le Débutant de Sergueï Lebedev, écrivain russe établi en Allemagne, vient de paraître en français aux Éditions Noir sur Blanc. Il est arrivé, hier, dans les librairies en Suisse et en France. Hier également une bonne nouvelle est tombée : ce roman, qui figurait en 2021 dans la short-list du Prix Jan Michalski, a reçu le prix Transfuge du meilleur roman étranger, décerné à Paris.
Il y a quelques temps un ami genevois – un Suisse de souche et un grand connaisseur de l’histoire russe – m’avait offert un livre. Un pavé de mille pages, en petits caractères et sans illustrations. Le meilleur cadeau possible, que j’ai préservé pour la période des vacances comme on préserve le dessert pour la fin du repas. Hier, j’en ai tourné la dernière page. Et je suis prête à recommencer.
Il faut partir en vacances. Plus elles sont rares, plus on les apprécie, et plus elles nous permettent de prendre de la distance avec le quotidien, de se vider la tête et la reremplir. Mais même en partant à l’autre bout du monde on ne peut pas complètement échapper à la réalité qui nous rattrape.
En juin 2019 j’ai participé au Forum économique de Saint-Pétersbourg. Je ne vous cache pas que j’ai été flattée d’y être invitée avec mon petit journal, un bateau en papier parmi les navires des holdings et autres transnationaux.
(c) votrepolice.chC’est l’été, on peut se permettre de lire quelque chose pour le plaisir, sans aucune obligation, non ? Voici une suggestion.
Depuis mercredi dernier le public suisse est invité à visionner le film du cinéaste canadien Daniel Roher consacré au plus célèbre opposant russe vivant et décrit comme « un documentaire biographique avec des éléments de thriller ». Le mot « thriller » me gêne car il sous-entend des éléments de fiction, tandis que la force de ce genre de film est dans sa véracité.
Il y a quelques mois encore personne ne croyait que la guerre entre la Russie et l’Ukraine était possible. Bien que les bruits courraient. Mais la guerre a commencé. Puis les bruits courraient qu’elle serait terminée pour le 9 mai, célébré en Russie comme le Jour de Victoire dans la Grande guerre patriotique du 1941-1945. Nous sommes le 9 mai. La guerre continue, et la parade sur la Place Rouge à Moscou aura lieu comme prévu, comme chaque année.
J’ai envie d’ajouter à ce titre « aller simple ». Car l’essai de 850 pages de Jil Silberstein, paru récemment aux Éditions Noir sur Blanc, nous emmène à la triste conclusion qu’il n’y a pas de retour possible de ces voyages.
Ces deux questions perçues comme des questions russes éternelles tournent dans ma tête depuis le 24 février 2022, le jour où la Russie, mon pays d’origine, a déclenché la guerre contre l’Ukraine, pays d’origine de trois sur quatre de mes grands-parents. La première a été posée en 1846 par Alexandre Herzen, bien connu en Suisse où il a vécu et obtenu la citoyenneté. La deuxième date de 1863.
Vendredi dernier j’ai assisté au débat du Club suisse de la presse qui s’annonçait très intéressant. Voici le résumé qui accompagnait l’invitation :
ll est difficile d’imaginer une œuvre d’art qui correspondrait plus à notre état d’esprit actuel que le chef d’œuvre de Guiseppe Verdi dans la mise-en-scène de Barrie Kosky à l’Opernhaus Zürich bien qu’elle date de 2016.
Hier, pour la première fois dans ma vie, j’ai pleuré dans un transport public, le bus N 5, pour être précise. C’est un courriel reçu qui m’a fait fondre en larmes. Rassurez-vous, personne de mes proches n’est mort. Bien au contraire, pour ainsi dire, je vous explique.
Certains dénoncent aujourd’hui de la décision du Conseil fédéral de se joindre aux paquets de sanctions édictés par l’Union européenne contre la Russie.
Il y a quelques jours, en répondant à la question d’une journaliste de La Tribune de Genève sur la situation en Ukraine, j’ai dit que j’étais convaincue que personne ne veuille la guerre. Que les Russes et les Ukrainiens sont les otages de politiciens motivés par leurs egos hors normes. Que ce qui se passe, est un échec de la diplomatie mondiale. Aujourd’hui, en répondant à la même question, j’aurais apporté une nuance en remplaçant « personne » par « la plupart ».
C’est le titre de la chanson d’Oldelaf, adorée par mes enfants il y a quelques années. Ce mot n’existe pas dans la langue française mais il reflète parfaitement mon état d’esprit de ces derniers jours : tristesse + incertitude.
L’un des plus grands artistes et activistes contemporains a passé à peine 24 heures en Suisse, mais j’ai eu la chance d’assister à la table ronde avec sa participation organisée par le Musée cantonal des beaux-arts (MCBA), à Lausanne.
Aujourd’hui et demain le festival de films indépendants Black Movie présente un documentaire du réalisateur ukrainien Sergei Loznitsa, déjà connu du public genevois grâce à ses « Victory Day » et « Funérailles d’État ».
La décision de la Cour suprême russe de liquider l’ONG Mémorial International, annoncée le 28 décembre, suivie le lendemain par l’ordonnance de dissolution de son Centre des droits humains, m’a bien distraite des préparations festives… Je vous ai déjà raconté le début de cette sordide histoire il y a quelques semaines, à l’occasion de l’attribution du Prix Jan Michalski à l’ouvrage collectif des quatre auteurs du Mémorial International. Et voici la fin.
En octobre dernier je vous ai parlé de l’exposition que la Fondation
J’ai rencontré Lioudmila Oulitskaïa le 23 novembre 2021 à Montricher.
Le Prix de littérature Jan Michalski 2021 a été décerné, hier, au Memorial International et à ses chercheurs : Alena Kozlova, Nikolai Mikhailov, Irina Ostrovskaya et Irina Scherbakova pour leur ouvrage collectif Знак не сотрется. Судьбы остарбайтеров в письмах, воспоминаниях и устных рассказах (Мемориал, 2016), traduit du russe en anglais par Georgia Thomson, sous le titre OST: Letters, Memoirs and Stories from Ostarbeiter in Nazi Germany (Granta, 2021).
Dans quelques jours les États-Unis ouvriront leurs frontières aux Européens vaccinés. OK ! mais ce n’est pas à l’Ouest que je veux vous emmener aujourd’hui en suivant ce guide inattendu qui correspond si parfaitement à cette ville aussi inattendue qu’il décrit en texte et en photos (« New York, Ukraine. Guide d’une ville inattendue », paru aux Éditions Noir sur Blanc et disponible en librairie dès aujourd’hui).
La seule et brève mention de l’attribution du Prix Nobel de la Paix au journaliste russe Dmitri Mouratov a provoqué une avalanche de « likes » sur la page Facebook de Nasha Gazeta, ainsi qu’un vif échange d’opinions.
L’exposition que la Fondation Beyeler à Bâle consacre, dès aujourd'hui, à Francisco Goya à l’occasion du 275e anniversaire de sa naissance est remarquable avant tout de par le côté rarissime de l’événement. Les Suisses n’ont eu que deux fois durant le siècle dernier l’occasion d’admirer les créations de ce natif de Fuendetodos, près de Saragosse. La première, pendant la Guerre civile en Espagne, quand, avec d’autres chefs-d’œuvre du Museo national del Prado, elles ont été exposées au Musée d’Art et d’Histoire de Genève, en 1939.

COMMENTAIRES RÉCENTS