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Marc Dugain: Une exécution ordinaire. Gallimard, "Folio", 2008

Un livre à ne pas manquer sur la Russie, le monde et soi même !


Je faisais partie des Béotiens ou des fauchés qui ne connaissaient pas encore Marc Dugain. Né en 1957, il a sciencepoté puis dirigé une compagnie d’aviation avant de sombrer dans la démangeaison de l’écriture. Autant il y a des eczémateux funestes, je pense à Marat, autant Dugain a bien fait. Son premier roman, La chambre des officiers, a obtenu 18 prix littéraires.
 
La quatrième de couverture nous parle d’un épisode dont je me souviens : le naufrage du sous-marin nucléaire Koursk en août 2000, sale affaire sur la débandade russe. Mais, surprise, le roman ne commence pas là. Nous sommes dans les coulisses du Kremlin en 1953. Staline agonise. Il élimine ses médecins et choisit une femme médecin pour soulager ses souffrances. Cette femme a des talents de magnétisme qui ne sont pas marxistes-léninistes (c’est fou ce que ces gens sont imperméables à tout ce qu’ils n’expliquent pas, mais z’ont la soluce : on bute !). Olga Ivanovna Atlina ne sait pas où on l’emmène, bien sûr. Le maître de l’URSS lui ordonne de divorcer au nom de l’amour du peuple dont il est l’incarnation toxique et hypocrite. Les dialogues et la dialectique sont passionnants de perversité mais ils n’apportent rien  de bien nouveau. On sait depuis bien longtemps qu’une vie ne compte pas dans ce système dans lequel on vous fabrique des bourgeois comme d’autres de la barbe à papa à la fête foraine, au kilomètre. Vite fait, vite mangé. Pratique pour combler un vide, ici abyssal.

Eternelle Russie

Si Marc Dugain s’arrêtait à ça, nous serions aussi en peine que les âmes rouges. Il est infiniment plus intéressant dans son récit. Nous entrons dans les coulisses de la célèbre police politique, le KGB, à un moment crucial. L’empire soviétique se délite à la fin des années 1980. La police politique, devenue FSB, se prolonge et fait le gros dos sous le règne du satrape Boris « l’éponge ». Si Marc Dugain « sciencepote » il sait aussi rendre hommage à ses sources, en l’occurrence la journaliste russe Alla Shevelkina. Nous suivons le parcours d’un homme moyen, sans grandes peines ni grandes joies, qui ressemble à une incarnation de la « matrice ». Cet homme, s’il n’en porte pas le nom désigne Vladimir  Poutine. Il est celui qui fera vivre le système, tous les moyens sont bons, puisque tout le monde se résigne. Après le gros dos, vient le temps de la reconquête d’un pouvoir abandonné à la lie des escrocs, des prévaricateurs. On assiste à la renaissance d’une espèce d’Etat mafieux, qui méprise la vie humaine au nom d’une nation glacée. Il y a un mot de la langue française bien oublié aujourd’hui, l’oblomovisme. Il vient d’Ivan Gontcharov (1812-1891), écrivain russe qui fit de son Oblomov, personnage romanesque, l’archétype de la résignation paresseuse. Et c’est ainsi que l’on voit le Russe résigné à être broyé par le pouvoir qui ne change pas de fond mais simplement de style. Le communisme n’était que l’habit d’un mal qui ronge le pays avant et après lui. On croirait entendre De Gaulle qui ne voyait dans l’URSS que l’éternelle Russie.
   
Cassandre

Pavel, le narrateur nous a appris le Mal, avec sa mère, qui était la malheureuse auxiliaire médicale de Staline au début du récit . Il le décline sous une autre forme avec son fils, Vania, jeune officier de marine, disparu avec son sous-marin le Koursk ( merci à Fabrice d’Ornano de la Royale, souligne l’auteur). Pavel, malheureux professeur d’Histoire réduit au silence par écoeurement se fabrique un bonheur entre les cuisses d’une grosse. Sexe et Vodka, les deux jambes du bonheur terrestre ? Au nom d’un peuple soupçonneux à l’excès et qui se déteste.

Roman du désespoir, poignant de logique, un chef d’œuvre.



Didier Paineau chez www.boojum-mag.net

About the author

Nadia Sikorsky

Nadia Sikorsky was born and raised in Moscow. She graduated from the Faculty of Journalism at Moscow State University and went on to complete her postgraduate studies there, earning a PhD in History. She spent 13 years at UNESCO, first in Paris and then in Geneva. After serving as Director of Communications at Green Cross International, founded by Mikhail Gorbachev, she launched NashaGazeta.ch in 2007, Switzerland’s first Russian-language online daily newspaper.

In 2022, Nadia Sikorsky was named to Le Temps’ Forum des 100, which brings together individuals who, in the newspaper’s view, have “significantly contributed to the success of French-speaking Switzerland”, from across public life, business, politics, science and culture.

After 18 years at the helm of NashaGazeta.ch, Nadia Sikorsky decided to devote herself to what had always held a special place in her work as a journalist: culture in all its diversity. This led to the creation of Russian Accent, a trilingual cultural blog in Russian, French and English, born in the heart of Europe, in Switzerland, which has become her second home and whose multiculturalism and multilingualism have helped shape the character of this new project.

At the heart of the project is the perspective of a European of Russian origin, drawing on more than 35 years of professional experience and a deep knowledge of both cultural traditions. Nadia Sikorsky sees her role as that of a cultural mediator between the two. The title of the blog, Russian Accent, reflects this idea: the accent is neither a linguistic barrier nor a political position, but a distinctive cultural imprint within a European context.

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A new book by the Geneva-based Slavist Jean-Philippe Jaccard and his Russian colleague Andrei Ustinov, now living in San Francisco, has been published by the European University at St Petersburg: Vzir Zaumi. Daniil Harms and the Literary Avant-Garde of the 1920s. In the authors' own words, the volume offers a kind of X-ray of Leningrad's "left-wing " circles and their evolution during the period between Harms's poetic debut and the creation of OBERIU, as well as the dynamics that shaped those circles.

A few days ago, the Lausanne-based publisher Éditions Noir sur Blanc brought out Guzel Yakhina’s novel about the celebrated Soviet film director Sergei Eisenstein. French readers will be able to read it in Maud Mabillard’s translation and, importantly, in full, including the ninth chapter omitted from the Russian edition.