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Marisol : la mer et le soleil au Kunsthaus Zürich

15.07.2026.

Photo © N. Sikorsky

À vrai dire, le prénom Marisol est né dans le monde hispanophone comme la contraction de María de la Soledad (« Marie de la Solitude », l'un des titres de la Vierge Marie). Ce n'est que plus tard qu'il a commencé à être compris comme l'association de mar (« mer ») et sol (« soleil »), une interprétation qui a largement contribué à sa popularité. Le hasard fait parfois bien les choses : Marisol a passé au total huit mois sous l'eau et créé un univers d'images éclatantes, comme baignées de soleil.

Marisol est généralement présentée comme une artiste américaine d'origine vénézuélienne. Elle-même donnait pourtant une définition infiniment plus intéressante de son identité : « Je suis une Vénézuélienne née en France, qui vit en Italie, roule dans une voiture anglaise immatriculée en Amérique du Nord et assurée en Suisse… et l'on me demande encore quelle est ma nationalité ! »

Cette définition pourrait être celle de nombreux Suisses, nés dans un pays, détenteurs du passeport d'un autre, travaillant dans un troisième, parlant plusieurs langues et incapables de répondre en un seul mot à la question : « Quelle est votre nationalité ? » On mesure toute la justesse de cette formule dès que l'on se penche, même brièvement, sur la biographie de Marisol.

Jack Mitchell (1925-2013)
Marisol dans son atelier avec Guy (1967-1968), 1983.

Née à Paris en 1930 dans une famille vénézuélienne aisée, elle passe son enfance entre l'Europe, le Venezuela et les États-Unis. À onze ans, elle est frappée par un drame : sa mère met fin à ses jours. Elle s'enferme alors dans le silence. Pendant plus de dix ans, elle ne parle qu'en cas d'absolue nécessité.

En 1949, Marisol entre à l'École des Beaux-Arts de Paris avant de partir peu après pour New York, où elle suit notamment les cours de Hans Hofmann. Comme le soulignent ses biographes, elle doit une grande partie de sa formation artistique à elle-même et élabore rapidement un langage plastique immédiatement reconnaissable, où le Pop Art américain rencontre, contre toute attente, le Nouveau Réalisme européen.

Baby Boy, 1962-1963
Bois et matériaux divers.
Collection de Susan J. et Richard M. Reeser, Palm Beach (Floride).

Sa première exposition personnelle est organisée à New York en 1957, mais le véritable succès n'arrive qu'après celles de la Stable Gallery, en 1962 puis en 1964. À la galerie du célèbre collectionneur et marchand d'art Sidney Janis, ses œuvres sont exposées aux côtés de celles de Roy Lichtenstein, Claes Oldenburg, Andy Warhol, Daniel Spoerri, Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle. Elles connaissent un succès comparable : elles font à plusieurs reprises la couverture de Time et d'autres grandes publications, tandis qu'Andy Warhol, ami proche de Marisol et réalisateur de plusieurs films dans lesquels elle apparaît, la qualifie de « first girl artist with glamour ».

Les féministes verront peut-être dans cette formule moins un compliment sincère adressé à une collègue qu'une tape condescendante sur l'épaule d'une jolie jeune artiste. Ce n'est pas mon cas.

Aux États-Unis, Marisol n'est jamais vraiment tombée dans l'oubli. À sa mort, en 2016, l'essentiel de son œuvre rejoint les collections du Buffalo AKG Art Museum de Buffalo, dans l'État de New York. Mais pourquoi, contrairement aux artistes cités plus haut, est-elle restée si peu connue en Europe, à l'exception peut-être du Danemark, où le Louisiana Museum of Modern Art, situé à une trentaine de kilomètres au nord de Copenhague, lui a consacré une importante exposition l'automne dernier ? Plusieurs raisons viennent à l'esprit.

The Car, 1964
Bois, bois plaqué, peinture, aluminium, plâtre, photographie en noir et blanc et dispositif sonore.
Museum Boijmans Van Beuningen, Rotterdam.

D'abord, Marisol n'a jamais été à l'origine d'un « isme ». Aucune de ses œuvres n'est entrée dans l'imaginaire collectif comme les boîtes de soupe Campbell d'Andy Warhol, les bandes dessinées de Roy Lichtenstein ou les machines de Jean Tinguely. Ensuite, à la différence d'Andy Warhol, génial metteur en scène de son propre personnage, Marisol, toujours entourée d'une aura de mystère, se retire presque complètement de la vie publique après 1968. Enfin, Marisol n'a jamais cherché à faire de son nom une marque. Elle ne s'est jamais construit de légende, contrairement à Andy Warhol, qui avait fait de sa propre personne une œuvre d'art.

Le temps semble pourtant lui avoir rendu justice. La rétrospective du Kunsthaus Zürich retrace cinq décennies de son parcours artistique et permet de découvrir le fascinant métissage culturel qui irrigue son œuvre, un humour volontiers satirique ainsi qu'un regard aigu sur la société.

Dès l'entrée, sur la droite, une sculpture en bois représentant une famille attire le regard. Réalisée en 1955, The Hungarians compte parmi les toutes premières œuvres de Marisol et marque une étape importante dans son parcours : c'est la première fois qu'elle intègre à une sculpture un objet trouvé. Les personnages prennent place sur un chariot métallique monté sur des roues de landau.

The Hungarians, 1955
Bois, peinture, chariot métallique sur roues (objet trouvé).
Buffalo AKG Art Museum.
Legs de l'artiste, 2016.

Je me demandais encore ce qui pouvait bien relier une artiste américano-vénézuélienne à la Hongrie lorsque je suis tombée sur le cartel suivant :

« Après la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle plus d'un demi-million de Juifs hongrois furent assassinés ou contraints de quitter leur pays, la Hongrie resta sous un régime communiste aligné sur l'Union soviétique jusqu'en 1989. Après la répression brutale de l'insurrection hongroise de 1956, plusieurs centaines de milliers de personnes quittèrent le pays, dont environ 40 000 émigrèrent aux États-Unis.

Bien que The Hungarians ait été réalisée peu avant cette vague d'émigration consécutive à l'insurrection, ce contexte historique laisse penser que la famille représentée a déjà connu les persécutions, qu'elles soient nazies ou soviétiques. Dans un langage inspiré de l'art populaire américain, Marisol installe ses personnages sur un chariot, évoquant ainsi l'expérience des migrants, pour lesquels le déplacement permanent, la vulnérabilité et l'exil deviennent une condition de vie. »

Voilà donc mon « accent russe ».

J'ai apprécié la délicatesse avec laquelle les commissaires de l'exposition abordent ce sujet. J'ajouterai simplement que l'insurrection hongroise fut écrasée par les troupes soviétiques, entrées dans Budapest en novembre 1956. Selon les estimations, environ 2 500 Hongrois perdirent la vie et plus de 200 000 furent contraints de quitter leur pays.

Poisson-aiguille III, 1973
Bois, laque et plastique.
Buffalo AKG Art Museum.
Legs de l'artiste, 2016.

Les autres œuvres nous ouvrent les portes de l'univers de Marisol, ou plutôt de ses multiples univers, et permettent de mieux comprendre ce qui la fascinait et l'émouvait.

L'eau, et surtout la mer, occupaient une place essentielle dans sa vie. Comme elle le racontait elle-même, c'est en découvrant les films de Jacques-Yves Cousteau qu'elle se passionna pour la plongée sous-marine. De la fin des années 1960 au milieu des années 1970, elle passa au total près de huit mois sous l'eau, plongeant jusqu'à 71 mètres de profondeur et pouvant rester en immersion pendant quarante-cinq minutes.

À partir d'images tournées au Mexique et en Israël à la fin des années 1970, Marisol envisageait de réaliser un documentaire. Pourtant, ce ne sont pas les paysages sous-marins qui m'ont le plus marquée, mais les poissons qui peuplent l'exposition. Presque tous ont un visage humain, parfois même celui de l'artiste. Quant à Fishman, dont le titre peut se comprendre aussi bien comme Le Pêcheur que comme L'Homme-poisson, il m'a immédiatement conquise. Je l'ai aussitôt surnommé Le Monsieur au petit chien. Tchekhov aurait certainement apprécié la plaisanterie : chez Marisol, même les chiens ont des têtes de poisson.

Рыбак (Человек-рыба), 1973 г. Дерево и гипс, акриловая роспись, синтетическая смола, стеклянные глаза. Из собрания Buffalo AKG Art Museum.
Завещано художницей музею в 2016 году
Fishman, 1973
Bois et plâtre, peinture acrylique, résine synthétique et yeux en verre.
Buffalo AKG Art Museum.
Legs de l'artiste, 2016.

L'humour de Marisol se passe de commentaires. Il suffit de regarder Tea for Three ou cet Autoportrait agrémenté d'un détail insolite. Selon votre imagination – et peut-être aussi votre état d'esprit – vous y verrez un visage souriant, deux œufs au plat... ou quelque chose de nettement moins innocent.

Autoportrait, 1962
Crayon, plâtre, fourchette, couteau et assiette sur carton, dans une vitrine-cadre en bois peinte.
Collection particulière, New York.
Avec l'aimable concours de Craig Starr Gallery.

Je ne doute guère que vous vous attarderez dans la salle consacrée aux personnalités publiques. Même sans regarder les cartels, vous reconnaîtrez presque à coup sûr les personnages représentés. Lors de ma visite, personne ne semblait pouvoir résister à la tentation de se faire photographier aux côtés de la légende du western américain John Wayne, ou de la famille royale britannique, Élisabeth II et son inséparable corgi en tête.

The Royal Family, 1967
Matériaux divers.
Richard and Carole Cocks Art Museum, Miami University, Oxford (Ohio, États-Unis).

Pour ma part, je voudrais attirer votre attention sur d'autres œuvres, moins spectaculaires mais infiniment plus profondes : de véritables monuments de bois dédiés aux femmes et aux hommes qui ont marqué Marisol, aussi bien comme artiste que comme être humain. On y retrouve le président Abraham Lincoln, l'archevêque Desmond Tutu, prix Nobel de la paix, théologien, militant contre l'apartheid et défenseur des droits humains, le photographe amérindien Horace Poolaw, dont la sculpture repose sur un chariot assemblé à partir de barrières de police new-yorkaises portant l'inscription Police Line Do Not Cross, René Magritte, Pablo Picasso, Georgia O'Keeffe, ainsi que le père de Marisol, qui éleva seul sa fille après le suicide de son épouse.

Taillées dans de massifs blocs de bois sombre, ces sculptures accomplissent un véritable tour de force. Elles associent une ressemblance presque photographique à une subtile déformation caricaturale et donnent naissance à des portraits psychologiques d'une étonnante profondeur. Impossible de détourner le regard.

Magritte, 1997
Bois, peinture à l'huile, fusain, plâtre et parapluie.
Buffalo AKG Art Museum.
Legs de l'artiste, 2016.

L'exposition restera au Kunsthaus Zürich jusqu'au 23 août avant de rejoindre le Museum Boijmans Van Beuningen de Rotterdam (du 9 octobre 2026 au 29 mars 2027), puis le Museum der Moderne Salzburg. Si vous en avez l'occasion, ne la manquez sous aucun prétexte.

Un dernier mot. J'aurais aimé vous montrer toutes les œuvres présentées à Zurich, mais aucune chronique ne saurait les contenir toutes. En voici donc encore quelques-unes. Bonne découverte !


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