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Les surprises de MAZE

16.06.2026.

Photo © N. Sikorsky

Les horloges mécaniques sont apparues en Europe dès le Moyen Âge, en Italie, en France et en Angleterre, puis plus tard en Allemagne. C’est pourtant la Suisse qui a transformé leur fabrication en un art devenu à la fois un élément de son identité culturelle et l’un des symboles les plus reconnaissables du pays. Paradoxalement, la Réforme a largement contribué à cette évolution. Au XVIe siècle, Jean Calvin a interdit à Genève les manifestations ostentatoires du luxe, y compris les bijoux. De nombreux joailliers et orfèvres ont alors cherché de nouveaux débouchés pour leur savoir-faire et se sont tournés vers l’horlogerie. Ils ont ensuite été rejoints par des artisans protestants réfugiés de France pour échapper aux persécutions religieuses. C’est ainsi qu’est née une tradition où l’excellence technique s’est progressivement alliée à l’ambition artistique.

Les montagnes du Jura ont joué un rôle essentiel dans cette histoire. Les longs hivers permettaient aux paysans de compléter leurs revenus en fabriquant des composants horlogers et, au XIXe siècle, des villes comme La Chaux-de-Fonds et Le Locle étaient devenues des centres mondiaux de l’horlogerie. Aujourd’hui encore, cette région, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO comme exemple unique de « villes horlogères », considère la montre non seulement comme un produit industriel, mais aussi comme un objet culturel. Il n’est donc pas surprenant que La Chaux-de-Fonds abrite le Musée des beaux-arts, l’un des musées les plus remarquables de Suisse en dehors des grands centres urbains. Fondé en 1864 à l’initiative de la Société des Amis des Arts, il poursuivait un objectif clair : mettre l’art au service de l’industrie. Les collections artistiques de la région ont offert aux horlogers non seulement un objet de contemplation, mais aussi une source d’inspiration. La peinture, les arts graphiques, l’architecture et les arts décoratifs leur ont suggéré de nouvelles formes de boîtiers, de nouveaux cadrans, des motifs ornementaux et des harmonies de couleurs inédites.

Photo © N. Sikorsky

François-Paul Journe perpétue aujourd’hui cette tradition. Né à Marseille, il est l’un des derniers grands maîtres indépendants de la haute horlogerie. Il continue à créer ses propres modèles, originaux et d’une complexité exceptionnelle, dont chaque composant est fabriqué exclusivement en Suisse par des spécialistes qu’il a lui-même choisis. Les valeurs qui définissent la marque F.P. Journe - Authenticity, Rarity, Talent - forment l’acronyme A.R.T. Elles reflètent parfaitement le lien étroit que la manufacture entretient avec la création artistique sous toutes ses formes, ainsi que sa volonté de la préserver et de la transmettre aux générations futures.

Depuis plus de dix ans, F.P. Journe soutient artistes et musées grâce à son propre système de récompenses : l’artiste reçoit un prix, son œuvre est acquise par François-Paul Journe, puis proposée à une grande institution muséale. Grâce à ce mécanisme, des œuvres ont rejoint les collections du MAMCO à Genève, du Fonds municipal d’art contemporain de Genève (FMAC) et du Nouveau Musée National de Monaco. Ces dernières années, toutefois, la liste des institutions bénéficiaires s’est élargie et le cadre lui-même a évolué. Pendant longtemps, ces prix ont été remis chaque année dans le cadre du salon d’art contemporain artgenève. Aujourd’hui, la tradition se poursuit à travers Art Gstaad et la plateforme MAZE, deux initiatives fondées par Thomas Hug, ancien directeur d’artgenève. Créée en 2024, MAZE est la plus jeune de ces plateformes. Elle réunit une série de salons internationaux consacrés à l’art, au design et à la culture. Grâce à ce partenariat, F.P. Journe a considérablement élargi le rayonnement géographique de son mécénat.

Photo © N. Sikorsky

Il suffit de voir ce qui a été accompli en quelques mois seulement !

Les MAZE/Art Awards F.P. Journe ont été remis pour la première fois en novembre 2025 lors de la MIRA Art Fair à Paris. Le premier lauréat a été l’artiste brésilien Victor Fidelis (galerie Verve, São Paulo), récompensé pour son œuvre No limite do privado. Quelques mois plus tard, le 19 février 2026, lors de la troisième édition d’Art Gstaad, le prix a été attribué à Sonia Gomes (galerie Mendes Wood DM) pour son œuvre Untitled. Les œuvres acquises ont ensuite été proposées respectivement au Centre Pompidou et au Kunstmuseum Basel.

F.P. Journe a également été partenaire de la deuxième édition de MAZE/Art St. Moritz, organisée du 26 février au 1er mars 2026 à l’hôtel Reine Victoria de Saint-Moritz, en Engadine. Consacré à l’art moderne et contemporain, au design de collection, à la photographie et aux antiquités, ce salon n’a toutefois pas donné lieu, cette année-là, à l’attribution d’un prix F.P. Journe.

 Un seul regard suffit : Man Ray. Photo © N. Sikorsky

La troisième remise du MAZE/Art Awards F.P. Journe a eu lieu le 12 mars 2026 à TEFAF Maastricht, l’une des plus importantes foires d’art au monde. Le prix a été décerné à Jeanne Selmersheim-Desgrange pour Untitled (Fleurs d’automne), présentée par la galerie Pavec. Comme lors des précédentes éditions, cette distinction s’est accompagnée de l’acquisition de l’œuvre par F.P. Journe, avant qu’elle ne soit proposée au Kunstmuseum Basel.

Tout cela paraît parfaitement naturel lorsqu’il est question d’art. Mais comment un prix consacré au design est-il apparu ?

Les lecteurs qui s’intéressent au design se souviennent sans doute de l’annonce inattendue faite en février 2025 : les organisateurs de Design Miami/Basel 2025 ont annulé l’événement en invoquant des difficultés financières. Après près de vingt ans d’existence, cette décision a provoqué une onde de choc dans le monde du design de collection : pendant la semaine d’Art Basel, Design Miami/Basel était en effet considérée comme la manifestation internationale de référence dans ce domaine.

C’est dans le vide ainsi créé qu’est né MAZE Design Basel. Imaginé par Thomas Hug et immédiatement soutenu par François-Paul Journe, ce nouveau projet a repris le flambeau laissé par la disparition de son prestigieux prédécesseur. La première édition s’est tenue les 16 et 17 juin 2025 dans l’Offene Kirche Elisabethen à Bâle, juste en face de la Kunsthalle Basel, l’un des lieux d’exposition d’art contemporain les plus anciens et les plus influents d’Europe.

C’est également là qu’a eu lieu la deuxième édition, que j’ai visitée le week-end dernier. Une fois sur place, j’ai pleinement compris le choix d’organiser MAZE Design Basel non pas dans un centre d’exposition traditionnel, mais dans cette ancienne église néogothique du XIXe siècle devenue aujourd’hui un lieu consacré à l’art contemporain et au design. Elle incarne ainsi le dialogue entre héritage et modernité, précisément celui qui se trouve au cœur de la haute horlogerie.

Construit entre 1857 et 1865 sur les plans de l’architecte zurichois Ferdinand Stadler, l’édifice est considéré comme l’un des monuments néogothiques les plus importants de Suisse. Il s’agissait du premier temple protestant édifié à Bâle après la Réforme. Sa construction a été financée par le grand mécène bâlois Christoph Merian qui, avec son épouse Margaretha Merian-Burckhardt, souhaitait ériger une sorte de manifeste contre l’esprit de son temps, qu’il jugeait responsable de la sécularisation croissante de la société.

L’église est remarquable sur le plan architectural. Sa tour de 72 mètres a longtemps dominé cette partie de la ville, tandis que son intérieur demeure l’un des plus beaux exemples du néogothique suisse. Les voûtes nervurées en brique sont particulièrement impressionnantes. Au milieu du XIXe siècle, la brique était un matériau coûteux en Suisse et rares étaient les commanditaires capables de s’offrir un tel luxe.

Depuis 1994, l’église n’est plus utilisée pour le culte et s’est transformée en Offene Kirche Elisabethen, première City Church de Suisse, un espace urbain souple associant fonctions spirituelles, sociales et culturelles. Malgré cette transformation, elle a conservé ses vitraux, particulièrement beaux lorsque les rayons du soleil les traversent, ainsi que sa chaire, son orgue et l’ensemble de son riche décor intérieur.

Photo © N. Sikorsky

Le week-end dernier, des représentants de vingt-deux galeries européennes et américaines se sont réunis ici pour présenter quelques-unes des plus belles créations du design contemporain, du mobilier aux accessoires. Les candidatures ont été si nombreuses que tous les exposants n’ont pas pu être accueillis dans l’église elle-même et qu’un pavillon préfabriqué supplémentaire a dû être installé juste en face !

Vous pourrez vous faire une idée de la diversité des œuvres présentées grâce aux quelques photographies qui accompagnent cet article et, surtout, à la galerie d’images que j’ai préparée pour vous. Une chose est certaine : je n’aurais pas aimé être à la place des membres du jury chargés de désigner le lauréat du MAZE/Art Awards F.P. Journe. (Pour ma part, je n’arrivais pas à détacher mon regard de la Table for Flowers du célèbre designer tchèque Bořek Šípek (1949-2016), auteur notamment d’une remarquable série de lieux commémoratifs consacrés à Václav Havel, premier président de la République tchèque.)

Bořek Šípek (1949-2016). Table for Flowers, les années 1980. Photo © N. Sikorsky

Contrairement à la première édition de MAZE Design Basel, le prix F.P. Journe a bien été attribué cette année. Le jury international, composé de Constance Rubini (directrice du madd-bordeaux), de Jochen Eisenbrand (conservateur en chef du Vitra Design Museum) et d’Alexis Georgacopoulos (directeur de l’ECAL à Lausanne), a rendu son verdict à l’unanimité. Le lauréat est Bijoy Jain, architecte et designer installé à Mumbai, représenté par la galerie new-yorkaise Salon 94. Son œuvre récompensée est un fauteuil réalisé en bambou et en soie muga, cette rare soie dorée produite dans l’Assam indien, réputée pour sa résistance exceptionnelle et considérée comme l’une des soies les plus précieuses au monde.

Bijoy Jain. Bamboo study XIIII, 2025 Photo © N. Sikorsky

Recevant le diplôme au nom de Bijoy Jain des mains de François-Paul Journe, Jeanne Greenberg Rohatyn, fondatrice de la galerie, rayonnait. « Le travail de Bijoy Jain défend avec constance l’idée que l’architecture doit rendre hommage aux mains qui la façonnent, non par nostalgie du passé, mais parce que l’artisanat constitue un langage essentiel de l’appartenance à un lieu et à une culture », a-t-elle expliqué aux visiteurs du salon. Elle a ajouté qu’à l’heure de la production de masse, Studio Mumbai témoignait avec force de la pérennité d’un design artisanal centré sur l’humain, où la matière, la lumière et le contact de la main se rejoignent pour créer des espaces profondément enracinés dans leur contexte culturel et environnemental.

J’étais en revanche plus sceptique face à une autre affirmation : ce fauteuil serait si léger qu’on pourrait le soulever d’un seul doigt. Je suis allée vérifier. C’était vrai. Et il est aussi très confortable. Je l’ai testé.

Jochen Eisenbrand, Jeanne Greenberg Rohatyn, François-Paul Journe et Thomas Hug lors de la remise du prix. Photo © N. Sikorsky

Les œuvres de Bijoy Jain ont déjà été présentées à la Fondation Cartier à Paris, à la Biennale de Venise et au Victoria and Albert Museum de Londres. Elles figurent également dans les collections du Centre Pompidou et du Metropolitan Museum of Art de New York. Son fauteuil a été acquis par François-Paul Journe puis offert au Vitra Design Museum, à Bâle. Son conservateur en chef, Jochen Eisenbrand, ne cachait pas sa satisfaction car, selon lui, l’Asie demeure sous-représentée dans les collections du musée.

Le designer lauréat fera également l’objet d’un grand article dans le prochain numéro de MAZE/Art Columns, qui paraîtra à l’occasion des foires d’art londoniennes d’octobre.

MAZE Design Basel est encore ouvert aujourd’hui et demain. Si vous faites vite, vous avez encore le temps d’y passer.

Je remercie François-Paul Journe pour son amitié et pour le soutien qu’il apporte à mes projets.Photo © N. Sikorsky

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